GUILLAUME HERBAUT, Tchernobylsty ou Les Condamnés à Mort

Ils habitaient autour de Tchernobyl, à l’ombre de cette centrale nucléaire qui symbolisait la maîtrise du grand peuple soviétique « sur la machine ». Beaucoup y travaillaient. On avait même construit une ville pour eux. Pripiat. 49 000 habitants à 3 kilomètres de la centrale ukrainienne et de son maudit réacteur n° 4.
Le 27 avril 1986, le lendemain de l’explosion, la ville de Pripiat a été évacuée en quelques heures. Comme dans l’ensemble des communes de la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de Tchernobyl, il a fallu tout abandonner. Tout était radioactif. Ne rien emporter, sinon une photo ou un bijou en cachette.
Quinze ans après la catastrophe, Tchernobyl a été définitivement fermée. Et la ville nouvelle, autrefois paradis sur terre pour des milliers d’ex-citoyens soviétiques, a un goût d’apocalypse. Entourées de barbelés, les tours « radieuses » ont les murs qui suintent et les toits qui s’écroulent. Des arbres poussent entre les dalles et soulèvent les trottoirs. Tout autour de la ville, le même spectacle de désolation. D’après la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, certaines portions de terrain devront attendre plus de 6 000 ans pour retrouver une radioactivité normale. Et pourtant, la nature a repris le dessus sur la « machine ». Une nature d’un nouveau genre, sauvage, mais terriblement dangereuse. On ne peut plus s’allonger dans l’herbe, toucher des fleurs ou porter une brindille à la bouche. On la regarde comme un décor. Beaucoup d’anciens habitants de Pripiat vivent aujourd’hui à Kiev, dans les quartiers périphériques d’une Ukraine désormais souveraine. Ils ont été relogés quelques jours après la catastrophe. Vivant entre eux, les « Tchernobylsty » forment une sorte de ghetto, scellés par le souvenir, la maladie, la misère et la mort d’un être cher.
Guillaume Herbaut a intégré dans les images de la série Tchernobylsty le taux de radiation lors de la prise de vue. Un niveau normal de radiation se situe entre 10 et 20 microrems.

30 tirages encadrés de 80x64 cm

Tchernobylsty ou Les Condamnés à Mort est une des trois séries du projet Tchernobyl. Elle peut être exposée seule ou avec La Zone et Les Portes de Tchernobyl.

Né en 1970, Guillaume Herbaut s'intéresse aux lieux chargés d’Histoire où il interroge les symboles et la mémoire afin d’en révéler les drames invisibles : Tchernobyl, Auschwitz, Nagasaki, etc. et plus récemment le conflit en Ukraine. Ses photographies ont notamment été exposées à Visa pour l’Image mais aussi au Jeu de paume, à la Maison rouge. Il a reçu de nombreuses récompenses – dont deux World Press, le prix Niepce et le prix Nadar.